Les conséquences tragiques de l’Acte de Québec de 1774

 By Pierre Beaudry

Depuis 1763, le monde a été divisé entre deux impulsions complètement opposées : celle représentée par la Compagnie des Indes orientales britanniques- autrement dit l’Empire britannique- et celle représentée par la Révolution américaine. Et la grave crise économique, financière, culturelle et stratégique qui engouffre présentement le monde risque d’apporter la victoire définitive de l’une de ces deux factions : c’est-à-dire, ou bien un affaissement du niveau de la population par des famines, des guerres, des épidémies et des conditions de vie comparables à celles des serfs au moyen-âge ou alors, comme l’a proposé Lyndon H. LaRouche, la création d’un nouveau système financier façonné par une alliance entre Etats-Unis, Russie, Chine et Inde qui soit semblable à celui qu’avait fait Franklin Delano Roosevelt et, donc, qui soit tourné vers le respect de la souverainneté de toutes les nations et une coopération pour le développement d’ambitieux projets d’infrastructure, impliquant la plus haute technologie possible, afin de permettre de hisser toute l’Humanité à un niveau où elle n’a plus à lutter pour ses besoins mais où elle peut tourner son attention avec un calme serein vers le développement de l’univers. En somme, la question reste, aujourd’hui comme en 1776, pouvons nous trouver des nations nanties de la volonté de défendre les droits inaliénables de chaque individu existant ou à venir : droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur?

Trop souvent, depuis 233 ans, la vie internationale du Canada s’est limitée à son rôle de complice « fabien » de l’Empire britannique. Sur le plan  interne, une proportion incroyable de son activité est concentré sur le futile débat de la question du Québec et du français auquel s’est ajouté plus récemment la question autochtone. Tout cela est le résultat de l’Acte de Québec. La vérité est que, en raison de cet Acte, le Canada n’est jamais devenu une vraie nation et ses habitants ont ainsi, dans l’ensemble, été dépouillés de leur droit de changer le cours de l’Histoire universel. Aussi longtemps que les Canadiens ne font pas face à cette question, ils seront une nation enchaînée et inutile.

Du point de vue de la stratégie militaire, l’invasion américaine du Canada, un an avant la Déclaration d’Indépendance américaine, avait deux objectifs bien définis. Elle visait d’une part à empêcher une invasion britannique par le nord et d’autre part à faire du Canada la 14e colonie américaine. George Washington avait été explicite dans ses ordres au Major-général Richard Montgomery, le commandant de l’expédition du Canada. Cette mission avait pour but d’enlever aux Britanniques les deux principales villes, Montréal et Québec, et de les mettre sous la bannière révolutionnaire des colonies américaines.

L’invasion échoua, mais la cause de l’échec n’est pas d’ordre militaire, elle tient principalement à l’Acte de Québec, une loi qualifiée « d’Acte intolérable » par le Congrès des colonies américaines de septembre-octobre 1774 et qui, parmi ses multiples effets néfastes, avait sapé le désir de liberté de la population canadienne.

Les actes intolérables

Les révolutionnaires américains qualifièrent l’Acte de Québec d’ « Acte Intolérable », parce qu’ils considéraient qu’il faisait partie d’une série d’affronts contraignants et de mesures punitives insupportables que le Parlement britannique avait institués, durant la période qui suivit le Traité de Paris de 1763, dans le but de provoquer une confrontation avec les treize colonies américaines. Il est donc essentiel de voir{l’Acte de Québec} dans ce contexte.

Le Congrès général de 1774 cite 5 {actes intolérables}. Il y eut d’abord le 14 mars 1765, le Quartering Act (loi sur le cantonnement des soldats) qui forçait les colons américains à loger les soldats britanniques (et ce à un moment où n’existait aucune menace particulière). Puis, en succession rapprochée,  il y eut le 31 mars 1774, le American Boston Port Act, voté en réaction au Boston Tea Party, qui déclarait hors-la-loi tout usage du port de Boston. Étant donné que le port de Boston servait de centre commercial important pour tout transport de biens jusqu’en Caroline du Sud, la cessation de ses activités devint l’une des raisons qui unifia les treize colonies. Ensuite, le 20 mai 1774, afin d’enrayer tout ferment révolutionnaire dans la colonie du Massachusetts, le Parlement britannique fit voter le Massachusetts Government Act, qui lui permettait d’imposer un gouverneur de son choix. Le même jour, il y eut également le Administration of Justice Act qui donnait aux Britanniques le droit de remplacer le système judiciaire américain par le droit britannique.

Même si l’Acte de Québec, écrit entre le 10 et le 13 mai 1774, insiste qu’il ne parle que de la province de Québec et que le territoire des autres colonies n’est en rien modifié, il donnait au Québec (c’est-à-dire aux Britanniques) les territoires américains qui comprenaient l’Illinois, l’Indiana, le Michigan, l’Ohio, le Wisconsin et des parties du Minnesota- zone qui avait été déclaré zone neutre par la proclamation royale de 1763 mais que les colonies américaines avaient, depuis leurs créations, considéré comme étant leur héritage légitime. Un pareil {Acte Intolérable} représentait un danger stratégique  pour les treize colonies américaines, et fut un des principaux motifs qui les conduisirent à mettre sur pied un premier Congrès général et à formuler ultérieurement leur Déclaration d’Indépendance. Et de fait, celle-ci, proclamée le 4 juillet 1776, se réfère à ces « Actes Intolérables » comme étant la raison fondamentale pour «dissoudre les liens politiques » qui les unissaient aux Britanniques. C’est du Québec dont elle parle lorsqu’elle dénonce  la Grande-Bretagne : « Pour avoir aboli le système libre de Lois anglaises dans une Province voisine, établissant sur place un gouvernement Arbitraire, et élargissant ses Frontières de manière à en faire à la fois un exemple et un instrument capable d’introduire une pareille règle absolue au sein de nos colonies. »[1].

Les séquelles du Traité de Paris

Pour les Britanniques, même avant la guerre de sept ans, il était évident qu’ils avaient un sérieux problème avec leurs colonies américaines. Depuis leurs créations, à des degrés variés, celles-ci s’étaient montrées très soucieuses de protéger leur indépendance. Avec la victoire contre la France et l’Espagne, consacrée par le Traité de Paris de 1763, le moment était enfin venu pour l’Empire britannique de tourner son attention malveillante vers l’étincelle de liberté qui brillait dans ses colonies américaines.

Il y eut d’abord la Proclamation Royale du 7 octobre 1763 qui était déjà une gifle aux américains qui avaient très substantiellement aidé à la conquête du Canada (20 000 soldats, 10 000 marins et presque tout l’argent) dans l’espoir d’arrêter les harcèlements des Français et de leurs complices indiens et de pouvoir relancer la colonisation à l’ouest des Appalaches. Avec le Traité de Paris, où la France ayant le choix choisissait de garder la Guadeloupe plutôt que le Canada, les colons américains s’imaginaient que la colonisation pourrait enfin reprendre mais, quelques mois plus tard, la Proclamation Royale, dans un acte qui ne pouvait être compris que comme étant malfaisant, mettait fin à cet espoir en interdisant toute colonisation supposément pour protéger les droits des indiens et du libre échange.

Il y eut ensuite une série de mesures faites dans le seul but de mater les colonies américaines comme on peut le voir dans le discours de William Pitt du 14 janvier 1766. Pitt, devant le boycott que les colonies américaines avaient institué contre la Loi sur le Timbre en protestant que celle-ci contrevenait aux lois anglaises, proposa de céder temporairement sur cette question où la lettre de la loi était violée, mais en invitant le Parlement à être dorénavant plus ferme sur tout le reste « afin que nous puissions astreindre leur commerce, limiter leurs manufactures, et exercer quelque pouvoir que ce soit, à l’exception de prendre leur l’argent dans leurs poches sans leur consentement. »

De la même façon, le responsable de la Bibliothèque Britannique résume les relations entre les deux pays en jubilant à l’idée d’une confrontation: « Après 1763, plusieurs ministères en succession étaient déterminés à prendre le contrôle du continent américain d’une manière plus efficace, et de lever des fonds dans les colonies par une série de mesures considérée nouvelles et provocatrices par leurs opposants. Le Stamp Act (1765), les taxes douanières de Townshend, l’établissement du Board of Customs Commissioners (1767), et finalement  le Tea Act (1773), ont tous causé de la résistance et de l’émeute en Amérique et contribuèrent à une constante accumulation de méfiance et d’antagonisme entre la Grande-Bretagne et les colonies. Si bien que vers la fin de 1774, les deux camps étaient devenus rigidement opposés l’un à l’autre. »[2]

Comment les Canadiens furent {enfirouapés} en un cadeau empoisonné

C’est une grande ironie de l’histoire, mais n’est-ce pas légitime? que ceux qui se glorifient du nom de Québécois plutôt que de Canadien, et qui croient avoir réussit à se réfugier dans une zone confortable située dans une enclave française bien protégée, ont, ce faisant, assumé une identité de sujet britannique.

Pour illustrer ce fait, permettez-moi de vous rappeler qu’il existe dans le patois du Canadien français une curieuse expression verbale toute britannique qui fut créée durant cette période et qui représente une description parfaite de ce moment historique tragique. Cette expression traduite en Québécois se dit : « se faire enfirouaper. » Le Québécois pense fièrement qu’il a lui-même inventé cette expression. Mais c’est faux. Cette action verbale est une métaphore très révélatrice qui signifie « se faire fourrer » ou bien « se faire avoir », c’est à dire, selon l’Anglais poli et original du 18e siècle : {getting in fur wrapped}. L’expression veut également dire {se faire mettre sous la protection de couvertures chaudes}. Se faire enfirouaper est précisément ce qui arriva politiquement et historiquement à la population québécoise il y a plus de deux cents ans lorsqu’elle accepta l’Acte de Québec.

Le 22 juin 1774, le représentant britannique du Canada, Guy Carleton, « Capitaine-général et Gouverneur en Chef de la Province de Québec, et territoires en dépendant en Amérique, Vice-amiral d’icelle, et Major-général des troupes de sa Majesté, commandant le département Septentrional, &cc. &cc. » fit voter au Parlement de Londres l’Acte de Québec. Cet acte, sous la prétention « de régler solidement » comme le dit l’élégante traduction de l’époque, l’administration du Canada, remplaçait la Proclamation royale d’octobre 1763. Il déclarait évidemment agir dans l’intérêt de la population.

Cet acte accordait aux Canadiens français un retour aux conditions du régime français mais avec un roi différent : le droit de pratiquer leur propre religion Catholique (cent ans avant que ce droit fut légitimé en Angleterre) (y compris le droit de collecter la dime pour les prêtres), le droit d’avoir leurs propres juges et d’appliquer le Code Civil français dans toutes les activités quotidiennes, ainsi que le droit pour les Seigneurs de lever des taxes dans leur seigneurie. De plus, il agrandissait nominalement le territoire de la Province de Québec. Ces changements radicaux ne provenaient évidemment pas d’un désir de donner les meilleurs lois possibles à la population puisque, par exemple, au moment même où ils abandonnaient les lois civiles anglaises au Canada, les britanniques les faisaient remettre dans les Colonies-unies avec le Administration of Justice Act. Cette connexion entre les situations canadiennes et américaines montre bien que le changement radical opéré par l’acte de Québec ne tient pas à la générosité des Britanniques. C’était un pot de vin visant à acheter la neutralité ou la complicité des Canadiens face à la Révolution américaine. En ce début de 1774, alors que les Américains étaient soumis aux mesures de plus en plus dictatoriales des Britanniques, les Canadiens, eux, se faisaient enfirouapés.

Il n’y avait qu’un petit détail embarrassant qui accompagnait cette généreuse loi britannique, détail qui se fait encore sentir aujourd’hui au Canada, mais qui fut considéré tellement insignifiant que la vaste majorité de la population n’a pas cru bon d’en faire la remarque aux contrôleurs britanniques. Il aurait pourtant dû sauter aux yeux, car il portait directement sur la question de la différence entre l’homme et l’animal. En termes humains et politiques, ce changement infinitésimal représentait la différence entre le calcul Leibnizien et le faux calcul de Newton, à savoir, la différence entre un véritable changement non linéaire dans l’univers et une falsification sophistique linéaire qui maquille un tel changement. Pourtant, malgré cette énormité infinitésimale, aucun historien canadien n’a jamais relevé le fait que cette différence fondamentale se trouve entre ce que les Québécois recevaient des Britanniques et ce que les Américains étaient sur le point de leur offrir.

Ainsi les Canadiens se trouvaient écartés du droit de s’auto-gouverner en échange de couvertures bien chaudes. Au moment où les congressistes américains dédiaient leur vie, leur fortune, et leur honneur sacré à la cause de la liberté, les Canadiens découvraient la version britannique du principe du bonheur.

L’Église catholique, dominée par les Jésuites, prit soin de neutraliser toute opposition dans les paroisses. D’autre part, Carleton forma un gouvernement avec un conseil pour «régler plus solidement » la nouvelle province de Québec. Tout va bien ! Le conseil résidait dans la ville de Québec et comptait entre 17 et 23 membres, tous nommés par le Conseil Privé de la Couronne britannique. En un mot, les Britanniques avaient donné aux Canadiens français le cadeau empoisonné d’une apparente souveraineté territoriale, linguistique, et religieuse : le droit d’exister à condition de ne pas s’en servir.

La vérité derrière les sophismes

L’Acte de Québec prétendait exister pour « régler plus solidement le Gouvernement de la Province de Québec, en Amérique Septentrionale […] » Intention louable n’est-ce pas? Une population n’a-t-elle pas besoin de régler plus solidement son gouvernement ? Bien sûr que si, mais comment le « régler plus solidement »? Qu’est ce qui peut bien se cacher derrière la forme de langage utilisée par Carleton? Pourquoi considérer cet énoncé comme un mensonge délibéré ? C’est seulement en réfléchissant à rebours, c’est-à-dire, à partir de la Révolution américaine, qu’on peut prendre conscience du fait que les Britanniques avaient fait usage de « règles » moralement perverses afin de justifier l’abêtissement du troupeau canadien et d’en assurer ainsi le contrôle.

Maintenant, imaginez si cet Acte avait dit la vérité. Autrement dit, en amenant les éléments préconscients au niveau de la conscience, vous pourriez dire que la raison pour le changement fut de créer un « {Acte qui règle plus solidement le Gouvernement de la Province de Québec en maintenant sa population « enfirouapée », de façon à ce qu’elle ne  joigne pas la révolution américaine, […] Voilà !

Voilà la pensée qui était logée ontologiquement, comme dirait Lyndon LaRouche, dans une forme préconsciente au cœur du premier énoncé de Carleton. Bien entendu, ces éléments préconscients n’auraient pas pu être énoncés sans subvertir entièrement l’intention perverse du document. Mais la vérité se fait jour, malgré tout, comme un testament de sa fausse authenticité. Cette formulation préconsciente, à elle seule, démontre que L’Acte de Québec de 1774 est une fraude historique.

Par ailleurs, en France, les Britanniques montèrent une opération similaire avec leur marionnette, Philippe Egalité, Duc d’Orléans, dont le résultat fut que la population

française devint captive, elle aussi, d’une falsification historique qui est connue aujourd’hui sous le nom pompeux de Révolution française. On peut le voir dans l’idéologie néo-conservatrice de Joseph de Maistre, synarchiste martiniste, agent britannique et maître à penser de Napoléon Bonaparte, qui réussit à détruire la monarchie constitutionnelle telle que l’avait formulée Jean Sylvain Bailly à l’occasion du Serment du Jeu de Paume, le 20 juin, 1789. En d’autres termes, nulle part depuis le Traité de Paris, à l’exception du bref moment de juin 1789, la population française n’a réussi à s’élever au-dessus de sa petitesse.

De plus, les Britanniques ont rendu le même service aux populations indigènes du Canada. Ils les ont groupés en troupeaux dans des « réserves » hors desquelles elles ne sont pas encore parvenues à s’extirper. Ainsi, il devrait donc être évident que cet acte de subversion britannique, qui a dénaturé le Canada dans son ensemble et la province de Québec en particulier, n’a pas du tout été institué dans le but d’améliorer le sort de la population française, ni de l’aider à se libérer, mais plutôt dans celui d’empêcher 70 000 Canadiens de devenir la 14e colonie américaine, une année avant le début de la Guerre d’Indépendance américaine.

Lorsqu’on considère le serment prêté à sa majesté George III, l’erreur de ceux qui veulent prétendre que l’acte de Québec n’a rien à voir avec la révolution Américaine est flagrante. «Moi A. B. promets sincèrement et affirme par serment que je serai fidèle, et que je porterai vraie foi et fidélité à sa Majesté le Roi Georges, que je le défendrai de tout mon pouvoir et en tout ce qui dépendra de moi, contre toutes perfides conspirations et tous attentats quelconques, qui seront entrepris contre sa personne, sa couronne et sa dignité ; et que je ferai tous mes efforts pour découvrir et donner connaissance à sa Majesté, ses héritiers et successeurs, de toutes trahisons, perfides conspirations, et de tous attentats, que je pourrai apprendre se tramer contre lui ou aucun d’eux ; et je fais serment de toutes ces choses sans aucunes équivoque, subterfuge mentale, et restriction secrète, renonçant pour m’en relever  à tous pardons et dispenses d’aucuns pouvoirs et personnes quelconques. Ainsi Dieu me soit en Aide. Tout individu refusant de prêter serment devenait coupable de trahison et sujet à des peines et amendes allant jusqu’à la mort. »

Jusqu’à l’invasion américaine, les canadiens peuvent se dire qu’ils n’avaient pas le choix; ils étaient un peuple vaincu. L’invasion américaine avec 4000 soldats au moment même où Carleton, ayant envoyé deux de ses 5 régiments pour aider les Britanniques à Boston et ayant un troisième régiment cloué dans la région des Grands lacs, n’a plus que 1000 soldats réguliers- et 15 000 miliciens plus neutres que convaincus-  leur redonne le choix. La mission américaine était de neutraliser les troupes britanniques afin de leur permettre d’exercer ce choix comme l’indique les instructions de George Washington à Benedict Arnold : « Vous devez par tous les moyens à votre disposition découvrir les vrais sentiments des Canadiens envers notre cause et particulièrement envers cette expédition, gardant toujours à l’esprit, que si elle leur déplaisait et qu’ils ne veuillent coopérer ou au moins acquiescer tacitement, l’entreprise échouera. Dans ce cas, il faudrait absolument abandonner ce projet. Les dépenses de l’expédition et le désappointement ne doivent pas être mis en compétition avec les dangereuses conséquences qui s’ensuivraient si nous les irritions contre nous et que nous les détachions de la neutralité qu’ils ont adoptée. »

Des lettres très éloquentes et l’envoi d’ambassadeurs extraordinaires comme Benjamin Franklin, un des principaux organisateurs de la Révolution américaine, n’ont pourtant pas réussi à gagner les Canadiens à leur cause. Ainsi, les Canadiens ont embrassé l’Acte de Québec qui a déterminé leurs actions et leur identité jusqu’à aujourd’hui.

De nos jours, le gouvernement du Québec (et du Canada) est toujours « réglé » par les  conditions établies par l’imposture de l’Acte de Québec de 1774. En ce moment-même, le gouvernement québécois est toujours contrôlé par un lieutenant-gouverneur et par le Conseil privé de la reine britannique, Elizabeth II et les leaders du Québec (et du Canada) ont toujours peur de faire des vagues en remettant en question cet « arrangement ».

Conclusion

Si {L’Acte de Québec de 1774} a eu la conséquence subversive d’isoler historiquement la population française du Québec par rapport au reste du Canada, elle a également fait grand tort aux autres Canadiens, en les ayant rendus proportionnellement dépendants d’une forme artificielle d’exceptionnalisme religieux, politique et linguistique. Ceci explique pourquoi le Canada a été réduit à un état tragique d’impuissance politique depuis une si longue période de temps.

Le Canada ne pourra jamais retrouver sa dignité en tant qu’État-nation souverain tant que {l’Acte de Québec de 1774} n’aura pas été révoqué et que le statut de dignité souveraine, existant entre partenaires égaux –y compris les nations autochtones-  n’aura pas été rétabli en concordance avec une véritable communauté de principes communs aux États-nation souverains. C’est la vérité de l’histoire universelle qui exige que cet acte d’injustice soit réparé avec force et détermination, maintenant, devant la cour de l’histoire et pour le bénéfice des prochaines générations.

Le temps sera alors venu d’entreprendre une action courageuse et généreuse qui amènera l’esprit de la Paix de Westphalie au Canada. Il est temps que le principe du souci des autres peuples prenne préséance sur l’idée de favoriser son propre intérêt personnel. Il est temps de réunir, de façon appropriée, tous les peuples de la Province de Québec au sein d’une fédération souveraine et constitutionnelle du Canada sur la base du principe de {l’Avantage de l’autre. } Il est temps pour toutes les minorités du Canada, d’agir comme un État-nation souverain indivisible et de rompre avec l’imposture de la « réserve territoriale » connue sous le nom d’Acte de Québec,  ainsi qu’avec l’oligarchie britannique qui a inventé cette abomination responsable de 233 années d’effets désastreux. Une fois que cela sera fait, le Canada pourra enfin participer honnêtement et fructueusement à la communauté des états-nations souverains.

[1] Déclaration d’indépendance américaine.

[2] {The American War of Independence, 1775-1783}, the British Library, 1975, p. 13.