Le combat pour la gestion continentale de l’eau au Québec

Par Matthew Ehret-Kump

Alors qu’il était ministre des ressources hydroélectriques dans le gouvernement du Premier Ministre Maurice Duplessisgodbout (1945-1959), Daniel Johnson se fit le champion de projets hydroélectriques et de projets de gestion d’eau à grande échelle, aidant à faire du Québec le pionnier mondial en matière d’ingénierie hydroélectrique. Avant l’avènement de Maurice Duplessis, le Québec, grâce aux politiques audacieuses du Premier Ministre Adélard Godbout (1939-1944) et notamment par sa création de l’Hydro-Québec issu de la nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power Company, avait rompu avec l’arriération culturelle qui avait affligé la population depuis tant d’années. Louis Pigeon, le collaborateur d’Adélard Godbout, ayant été inspiré par le projet de la Tenessee Valley Authority de Franklin Delano Roosevelt, entreprit des projets audacieux permettant de générer de l’énergie à bon marché, de faire avancer les technologies agricoles et l’électrification rurale, tout en rompant avec la mainmise usuraire privée de la Montreal Light, Heat and Power qui avait empêché tout développement et exploité la population depuis des décennies avec une électricité dispendieuse et peu fiable.

En conséquence de quoi, en 1959, près de la moitié de l’énergie hydroélectrique du Canada provenait du Québec, et une culture du progrès avait finalement commencé à bourgeonner, aidée par un système d’éducation classique unique qui avait été conçu pour créer des citoyens moralement éduqués et compétents en littérature classique aussi bien que connaissant le Grec et le Latin.

sauveAprès la mort prématurée de Maurice Duplessis en 1959, le nettoyage des éléments radicalement réactionnaires à l’intérieur de l’establishment du Québec se poursuivit avec la révolution des 100 jours de Paul Sauvé, le successeur de Duplessis. Sous les Premiers Ministres Sauvé et Johnson, la portion québécoise de l’autoroute transcanadienne fut construite, et des réformes sociales furent implantées qui permirent un accroissement du salaire minimum et du financement des collèges classiques. Johnson eut également carte blanche pour utiliser des ingénieurs québécois là où auparavant Duplessis insistait pour utiliser exclusivement des compagnies américaines pour construire les projets de développement d’eau et d’énergie.

Daniel Johnson fut responsable du lancement de plusieurs programmes hydroélectriques ambitieux à la fin des années 50 dont 3 sites sur la rivière Outarde et la Manicouagan 1,2,3, et 5, cette dernière unité, Manic 5, étant la plus grande de l’ensemble avec une capacité de 2600 Mégawatts (MW) . Les barrages utilisaient le 5ième plus grand cratère au monde à avoir été produit par un astéroïde,créant ainsi le 5ième plus grand réservoir au monde. Le total de l’électricité généré par ces projets dépassait les 7500 MW. manic 5Cependant la véritable richesse se situe non pas dans l’augmentation de l’électricité, les profits monétaires ou même dans celle de la productivité de la société, mais plutôt dans la révolution culturelle et intellectuelle qui transformait une population soumise en des citoyens fiers grâce à leur maîtrise accrue de la nature. Les anciennes conditions qui avaient maintenu le Québec dans un système fermé et une logique de pénurie, se trouvaient rapidement éliminées au grand dam de l’Empire britannique.

La Contre-Révolution Tranquille

Après que de malencontreuses attaques cardiaques eussent tué à quatre mois d’intervalle Maurice Duplessis (1959) et son successeur, Paul Sauvé, l’Union Nationale s’effondra et céda la place aux « nouveaux réformateurs » du Parti Libéral de Jean Lesage et au programme d’une clique qui fut plus tard appelé la « Révolution Tranquille ». Ce programme fut promu par René Lévesque, qui devint Ministre des Ressources Naturelles, un disciple de George Henri Lévesque nommé Maurice Lamontagne, et un jeune boursiers Rhodes nommé Paul Gérin-Lajoie. Ces personnages ont mené à la création d’un premier Ministère de l’éducation, débarrassant le système d’éducation de toutes traces d’humanisme classique. Alors que René Lévesque partit créer le Parti Québécois (PQ) 16 jours après la mort de Johnson, Lamontagne devint un important Sénateur canadien et le président de la commission qui a purgé la politique scientifique canadienne en adoptant le système analytique de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE). Cette stratégie avait été élaborée par Alexander King, à l’époque le directeur scientifique de l’OCDE, devenu plus tard le co-fondateur du malthusien Club de Rome dont la branche canadienne incluait Maurice Strong comme membre fondateur. En 1970, Gérin-Lajoie dirigera l’Agence Canadienne de Développement Internationale (ACDI) créée deux ans auparavant par Maurice Strong.

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Gérin-Lajoie donna un emploi à un autre boursier Rhodes, Jean Beetz, en le nommant à la tête du Centre de recherche en droit public à l’Université Laval en 1961, ce qui permit à Pierre Trudeau d’obtenir un premier emploi de professeur après avoir figuré pendant des années sur la liste noire de Maurice Duplessis. Cet institut permit aussi à Marc Lalonde et 4-mcnaughtonMichael Pitfield, de proches collaborateurs de Trudeau de faire partie de l’exécutif. Tous ces « nouveaux réformateurs » avaient en commun d’être venu à la vue du public en écrivant pour l’influent magazine anti-Duplessis Cité Libre que Trudeau avait fondé en 1950. A cette époque Pitfield et Lalonde travaillaient comme assistant du ministre fédéral de la Justice Davie Fulton dont la tâche consistait à saboter la conception du « développement des deux rivières » de W.A.C. Bennett en Colombie Britannique. Fulton était également un boursier Rhodes et était associé avec un autre néo-nationaliste, le général Andrew McNaughton, qui était alors le dirigeant Canadien de la Commission Mixte Internationale, chargée de superviser les questions d’eaux transfrontalières avec les États-Unis. Leur méthode de prédilection consistait à proposer des projets qui garderaient l’eau au Canada et couperaient ainsi les approvisionnements d’eau aux américains. Cette méthode qui avait été utilisé avec succès dans l’ouest canadien, allait bientôt être utilisée dans l’est. La peur d’une politique continentale basée sur le progrès technologique et le développement mutuel des ressources entre les États-Unis et le Canada fut le principal motif utilisé par l’Empire britannique à l’époque.

Alors que ces libéraux introduisirent plusieurs éléments visant à apporter une méthode « scientifique » (c’est-à-dire de 7- Lesagesystème analytique) de gestion en planification de la politique et de l’éducation, des éléments positifs, comme Louis-Philippe Pigeon, ancien allié d’Adélard Godbout, furent remis en poste pour aider à planifier le développement du Québec. L’ami de Daniel Johnson, Pierre Laporte, devint aussi un des meneurs des « nouveaux réformateurs » avant de se faire assassiner par une cellule terroriste du FLQ sous contrôle de la GRC, en Octobre 70; certains de ces éléments, incluant Jean Lesage lui-même, devinrent influencés par la diplomatie agressive de de Gaulle, qui voulait que le Québec joue un rôle de premier plan dans son « grand dessein » international.

8- Edmund de RothschildLes projets de Johnson pour les barrages de la Manicouagan et des Outardes furent presque anéantis en raison de l’intervention par Lord Edmund Leopold de Rothschild, qui commandita une étude pour exploiter les 5428 MW de potentiel hydroélectrique à Churchill Falls, au Labrador, plutôt que les projets de Johnson. Le Général McNaughton devint un défenseur acharné du projet Rothschild qui, s’il s’était matérialisé, aurait empêché qu’une culture de l’ingénierie québécoise ou du développement ne se soit jamais développé, et il en aurait résulté un plus grand degré de séparation entre le Canada et les États- Unis.

9- Johnson greets workersGrâce à l’influence des alliés de Johnson dans le Parti Libéral et aux conseils de Charles de Gaulle, Lesage fut amené à rompre avec la politique des Rothschild et d’aller de l’avant avec le plan Johnson d’utiliser des ingénieurs québécois. En 1965, Lesage devint encore moins coopératif avec les « nouveaux réformateurs » britanniques lorsqu’il rejeta la formule pour des amendements constitutionnels dite « Fulton Favreau », alors promue par Paul Gérin-Lajoie et le Centre de Recherche en Droit Public. Grâce à un prêt de $100 millions du Premier Ministre de la Colombie-Britannique,

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(1) Le premier Ministre Bennett s’est battu pendant près de 7 ans pour garantir que son plan pour développer le fleuve Peace dans le nord de la Colombie-Britannique se fasse en dépit des efforts de sabotages de McNaughton ou de Fulton, qui firent diverses tentatives pour garantir que le Canada ne se rapproche pas de l’Amérique par le nord ou par le sud. Pour plus d’Information lire : W.A.C. Bennett : le père Canadien spirituel de NAWAPA, par cet auteur dans le Patriote # 4 de janvier 2013.