De la nécessité pour le Canada d’un tunnel sous le détroit de Béring ou la philosophie des chemins de fer pour le XXIe siècle

Une relation existentielle lie le Canada avec son système ferroviaire. Cela était vrai en 1849 lors du lancement du chemin de fer canadien, tout comme cela est vrai aujourd’hui. Il existe même plusieurs parallèles entre cette époque et la nôtre, comme par exemple cette résistance au changement qui caractérise notre population et à laquelle furent confrontés les patriotes canadiens de l’époque, et qui confronte les patriotes d’aujourd’hui, ceux dont la vision pour le Canada ne s’arrête pas à une mince bandelette de territoire et des morceaux isolés de civilisation embrassant la frontière américaine. L’avenir du Canada se situe dans la partie nord-ouest, qui contient des ressources encore à découvrir et de vastes réserves d’eau potable; c’est l’une des dernières frontières terrestres qu’il nous reste à franchir.

Le Canada doit maintenant faire un choix existentiel : soit le développement, soit l’effondrement. Au moment de la rédaction de ce texte, le système financier international tombe en pièces, secoué par une série de crises bancaires, qui ne sont qu’un avant-goût de ce qui approche de façon imminente. Pendant ce temps, l’état des infrastructures du pays est de plus en plus déplorable; nos industries continuent de disparaître, nos compagnies, d’être emportées par une épidémie de fonds spéculatifs, alors que la souveraineté du Canada ne semble plus qu’un rêve qui nous est étranger.

Heureusement, en reprenant le projet visionnaire du Pont terrestre eurasiatique des années 1990 de Lyndon LaRouche, la Russie a offert, aux États-Unis comme au Canada, de construire un tunnel sous le détroit de Béring. Ce projet fait partie intégrale de l’offre des Russes visant à établir une nouvelle relation entre la Russie et les Amériques afin d’orchestrer une réorganisation de l’économie mondiale. Une nouvelle alliance stratégique voit le jour et les prémisses d’une solution à la crise économique sont à portée de main. Un grand moment se présente à notre porte : Allons-nous nous lever pour l’accueillir, ou lui tourner le dos et rester soumis à notre inclination vers une petitesse nationale? Quant à lui, le Gouvernement canadien a répondu à la question : il prétend ne pas connaître la proposition des Russes. Il en revient donc à la population de se concerter afin de répondre à la question, car ses représentants élus sont encore trop peureux ou incompétents pour seulement oser y penser.

Lorsque des nations s’engagent à considérer de pareilles questions – qui sans doute affecteront l’entièreté de l’espèce humaine et sa postérité – il est important de prendre un peu de temps afin de réfléchir sur les raisons moins apparentes, du moins pour la présente génération, de l’incroyable importance de ce projet. Il est aussi approprié d’ajouter à ma voix celle de l’homme qui, plus que tout autre, fut responsable de la première expansion rapide du chemin de fer au Canada, une expansion qui sauva le Canada d’une ruine économique certaine sous le joug de la domination britannique. Cet homme s’appelait Thomas Coltrin Keefer, le « prophète du progrès » canadien.

Keefer naquit en 1821 dans une famille d’ingénieurs civils, et grandit immergé dans la construction de l’un des plus grands projets d’infrastructure de l’époque : le canal Welland, qui permit de contourner les indomptables chutes du Niagara. Le père de Keefer fut le premier président de la Compagnie du canal Welland, et un ami très proche du maître d’oeuvre derrière ce projet – l’homme qui fut aussi le mentor du jeune Keefer – William Hamilton Merritt. À 17 ans, Keefer quitta le domicile familial et passa deux années, de 1838 à 1840, à travailler sur les chantiers du canal Érié, véritable école d’ingénierie américaine de son époque, et à s’imprégner de la philosophie et des méthodes du Système américain. Keefer travailla ensuite sur les chantiers du canal Welland durant les années 1840 jusqu’en 1849 lorsque Merritt, qui venait tout juste d’obtenir l’un des plus hauts postes du gouvernement colonial canadien, chargea le jeune Keefer d’écrire un pamphlet promouvant le développement ferroviaire au canada, dans une période où le Canada ne comptait pas plus d’une centaine de kilomètres de voies ferrées. Le pamphlet fut intitulé La Philosophie des chemins de fer, et s’attaquait non seulement au système dominant de libre-échange britannique, mais aussi à la conception dépravée et bestiale de l’homme, une conception si appréciée par l’oligarchie britannique, ainsi que par ses philosophes et économistes.

Le succès dudit document fut immédiat et saisissant. En moins d’un an, La Philosophie des chemins de fer en était à sa troisième édition et parut dans un grand nombre de journaux canadiens, et fut aussi distribué à travers les États-Unis. Une traduction française vit le jour en 1853. Un biographe contemporain de Keefer affirmait que celui-ci contribua plus que quiconque au développement ferroviaire du Canada, même s’il ne fut jamais appelé à superviser quelque chantier de construction; la puissance de Keefer résidait dans sa capacité à transmettre une idée, ainsi qu’à surpasser les axiomes colonialistes de la population, ces axiomes qui empêchaient l’adoption au Canada des politiques du Système américain. Au cours des années 1850, les cercles patriotiques canadiens construisirent plusieurs centaines de kilomètres de voies ferrées, adoptèrent le protectionnisme du Système américain et menèrent une tentative durant la Guerre civile américaine de libérer le Canada du Système britannique. Ces actions furent le résultat direct des interventions de Keefer et du travail de Merritt visant à faire voter plusieurs législations cruciales pour le chemin de fer.

Keefer continua sur sa lancée et joua un rôle déterminant dans la construction de plusieurs systèmes d’aménagement des eaux; il fonda aussi la Société canadienne d’ingénierie civile, et en fut le premier président. De plus, il fut le seul Canadien à avoir servi comme président de la Société américaine d’ingénierie civile. En 1878, pour couronner le tout, Keefer fut nommé commissaire exécutif pour le Canada durant l’Exposition de Paris, et monta une exposition de machines-outils de fabrication canadienne si grand qu’il ne fut surpassé que par l’Allemagne et les États-Unis. Il fut l’un des premiers Canadiens à mobiliser la population en faveur d’un chemin de fer; il avait aussi une vision extatique de l’avenir économique du Canada, qu’il exposa en 1898 lorsqu’il prononça un discours sur un avenir où les trains électriques et à grande vitesse relient entre elles des villes électrifiées et propres.

Maintenant, revenons au sujet principal. Comme tout véritable humaniste et patriote national reconnaîtra, l’enjeu du développement n’est pas seulement une question d’équilibre budgétaire et d’analyse des coûts et profits; ce n’est pas non plus une simple question d’accroissement des échanges et de la production; mais il s’agit plutôt d’un enjeu qui concerne la nature même de l’Homme, cette nature qui nous donne la capacité d’améliorer notre condition ainsi que celle de la nature, qui fait que les nations prospèrent en se consacrant à l’avancement de leur population, qui rend le cauchemar Hobbesien que représente la mondialisation tout à fait évitable, et qui nous permet de forger cette vision presciente de Franklin D. Roosevelt, d’une communauté d’États-nations souverains travaillant ensemble afin de défendre l’intérêt général de tous.

C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de parler du tunnel du détroit de Béring non pas comme étant un simple projet d’infrastructure, mais plutôt comme d’une idée, un processus de transformation ayant de profondes implications économiques, culturelles et morales. De façon similaire, Keefer lui-même conçut le chemin de fer comme étant un « civilisateur de fer », ou, comme l’un de ses biographes, H.V. Nelles, le rapporte comme un « train de conséquences, par opposition à un simple rail… », que « l’intention derrière La Philosophie des chemins de fer était d’établir un lien direct entre le chemin de fer et les plus nobles idéaux de l’époque, ainsi que de mieux comprendre le processus par lequel l’avènement de la machine à vapeur propulsa de façon indéniable l’avancement matériel et le perfectionnement moral de l’Homme. »

Aujourd’hui, nous ne parlons pas de « technologie à vapeur », mais plutôt de fission nucléaire, de fusion thermonucléaire, et du train à lévitation magnétique. Ces trois concepts représentent, comme l’a indiqué à plusieurs reprises Lyndon LaRouche, le feu métaphorique, que l’on retrouve dans le Prométhée enchaîné d’Eschyle, et c’est pour avoir donné la maîtrise du feu) aux humains que l’immortel Prométhée, sous le joug de l’oligarchique Zeus, fut torturé pour l’éternité. Keefer démontre, et le témoignage de l’histoire nous le prouve, que les grands projets ont pour effet d’élever les populations arriérées hors de la noirceur culturelle qu’elles s’imposent. Lors d’un discours devant l’Institut de Mécanique de Montréal en 1853, il demande :

« n’y a-t-il pas raison de croire que la régénération des contrées sombres sur la terre s’accomplira… par un ennoblissement pratique des peuples, qui sera possible par un développement rapide du commerce et des arts? L’ignorance et les préjugés s’envoleront devant l’arrivée de la prospérité. Partout où un chemin de fer transperce la noirceur d’un district reculé, une vie et une vigueur nouvelles sont injectées dans la torpeur des habitants – le marché si longtemps désiré est enfin conclu … la chute d’eau autrefois inutile fait maintenant tourner la roue, elle actionne joyeusement le pivot, et ceux qui ont froid et faim se voient remettre vêtements et nourriture. »

Keefer savait que, sans prospérité économique, la paix et la stabilité resteraient hors d’atteinte; que ce soit le développement de l’Amérique du Nord à cette époque ou la possibilité d’une paix au Moyen-Orient, le même principe s’applique. Il observa aussi que « le bateau à vapeur et le chemin de fer ont transmis un degré de confort et de prospérité sans précédent dans l’histoire. Chaque nouvelle manufacture, chaque nouvelle machine, chaque kilomètre de voie ferrée construit n’est pas qu’un bénéfice pratique, mais est en fait un civilisateur plus efficace, un réformateur plus expédient que des années de déclamation, d’agitation et de législation morale. »

Mais qu’a découvert Keefer dans la culture canadienne qui le força à intervenir? Dans  La Philosophie des chemins de fer, Keefer observe, au sujet des systèmes et des projets révolutionnaires, que « leur origine et maturité sont le fruit d’une poignée de gens bien informés, dont la perspicacité fut récompensée avant même qu’elle ne soit reconnue… qui combattirent les influences repoussantes de l’apathie, l’ignorance et l’incrédulité populaires. » La citation de Keefer ne pourrait-elle pas s’appliquer aujourd’hui? Le système ferroviaire canadien fut jadis une source de fierté pour tous, il était une démonstration de notre contrôle sur la nature. Nous avions enfourché la vaste expansion continentale à l’aide d’une puissante ceinture de fer; le système ferroviaire représentait les nerfs et les grandes artères commerciales de la nation. Il fut un temps où le Canada bourdonnait de son énergie excitante due à une expansion nationale, où rien n’était insurmontable, et pourtant, maintenant, sous la tyrannie de l’idéologie « anti-progrès » de la génération des baby-boomers, on ne construit plus, on ne produit plus, on désire seulement consommer, et de plus en plus l’avenir est devenu un fardeau.

La réplique de Keefer, l’idée centrale de son pamphlet, est de décrire une version miniature comique de la société canadienne, qu’il appelle Sleepy Hollow (la vallée endormie), où rien ne se passe, et où aucun chemin de fer ne trouble le repos des résidents avec « le cri perçant du sifflet à vapeur », et où les gens croient avoir « atteint les limites du progrès. S’ils n’ont aucune puissance hydraulique… il est clair dans leur esprit qu’ils n’étaient pas destinés à devenir manufacturiers… il est encore plus évident, à cause de leur situation, qu’ils n’ont pas à devenir des gens de commerce, ni à bâtir de grandes villes; ils gambadent donc avec une évidente satisfaction de soi – la vénérable cour arrière de l’église se remplit de pierres tombales – et les résidents en concluent qu’ils sont un peuple choyé d’avoir échappé à la rage du progrès. » Bien sûr, tout cela change lorsque le chemin de fer arrive en ville, même si au début les gens souffrent de terribles visions « d’escarmouches sanglantes » avec les travailleurs du chemin de fer, des « poulaillers vandalisés » et des « cochons kidnappés », des enfants « attirés puis ensuite tronçonnés » sur le rail par la « terrible locomotive », pendant que les ingénieurs du rail et les arpenteurs « reçoivent de bruyantes injures.»

Cependant, ces terribles visions prennent fin lorsque les gens du village commencent à réaliser les bienfaits manifestes que le chemin de fer apporte avec lui : « la population se trouve grandie et enrichie, car pendant que notre petit hameau subit une incroyable transformation, l’influence morale du « civilisateur de fer » sur les vieux habitants apporte un changement rapide sur leur esprit. » Les citoyens s’ouvrent sur le monde, ils deviennent plus riches, plus éduqués, leurs politiques ont maintenant une portée nationale. Le progrès, « cette puissance invisible qui a gagné la guerre aux éléments matériels, assurément vaincra les préjugés des esprits faibles ou les desseins des ‘tyrans de l’esprit’. Le progrès n’appelle pas à la coopération, il n’attend pas une saison propice, mais plutôt, avec une assiduité rugissante, rapide et sans répit, il garde un constant et inévitable esprit de recherche et de comparaison; et tout en s’occupant des nécessités matérielles et interpellant la cupidité de la multitude, la pousse vers une union plus intime avec ses concitoyens.»

Keefer trouve ainsi une amusante façon de déjouer les axiomes culturels. Le lecteur est témoin de la naïveté des gens du village, et en regardant comment ils accueillent la « terrible locomotive », rit en s’apercevant qu’il fait preuve de la même naïveté. Cependant Keefer va plus loin, car il ne tente pas seulement de s’amuser aux dépens de la population, il souhaite donner accès au lecteur à une conception plus noble du potentiel humain, ainsi qu’à établir une mission pour le progrès national. Son ton suggère l’urgence. À la fin de son pamphlet, il écrit :

« Nous nous trouvons à côté du peuple qui va de l’avant, qui se lève tôt, un peuple qui suit le soleil vers l’Ouest… Nous ne pouvons plus rester en arrière… Nous devons utiliser ce que nous avons ou perdre ce que nous possédons, notre capital, notre commerce, nos amis et enfants nous abandonnerons pour rejoindre une terre mieux fournie à moins que nous surgissions hors de notre léthargie; nous ne pouvons plus nous permettre de flâner durant les mois d’hiver, ou traîner pendant les petites heures du matin… Mais dès que les barrières de l’indifférence, des préjugés et de l’ignorance seront abattues, aucun obstacle financier ou physique ne pourra faire face à la persévérance déterminée d’une industrie intelligente et en contrôle».

« Nous soumettons cette vision du système ferroviaire, ainsi que notre position face à elle, à la considération intelligente et patriotique de tout marchand, manufacturier, fermier et mécanicien, à chaque Canadien, naturel ou d’adoption, et leur demandons : Aurons-nous des chemins de fer au Canada? »

Il y a un autre aspect à considérer concernant le tunnel du détroit de Béring et les grands projets en général : les implications géopolitiques et stratégiques, dont l’essence se trouve dans le développement de la créativité humaine, la plus grande menace pour tout système impérial ou oligarchique. Ces implications sont plus limpides qu’à l’époque de Keefer, grâce au travail de l’inépuisable Lyndon LaRouche. Celui-ci écrit dans un document récent intitulé Man and the skies above :

«Le grand paradoxe que l’oligarchisme représente est le fait que la capacité qu’a l’être humain de maintenir un niveau de population au-delà de celui des grands singes, dépend absolument des pouvoirs créateurs uniques à l’esprit souverain de chaque individu, esprit grâce auquel les découvertes relatives à la science produisent un accroissement du potentiel de densité démographique ainsi que de l’espérance de vie. Si l’on permettait à la population de partager librement la connaissance et d’employer pareille connaissance correspondant à une habileté scientifique actuellement connaissable, où pourrait-on trouver les inégalités dont les systèmes oligarchiques dépendent?»

« Si notre capacité à engendrer des découvertes scientifiques ou autres, ce qui améliore notre niveau de vie et notre capacité à combattre l’adversité, nous permet de créer des sociétés plus fortes, par habitant et par kilomètre carré, alors pourquoi nous abstenir d’un progrès scientifique et technologique? Pourquoi promouvoir des types de divertissement sauvagement hédonistes et irrationnels, plutôt qu’une culture classique  qui améliore les facultés de l’individu à penser, et adoucit les relations sociales? Simplement parce que la puissance que cette méthode promeut à travers la population mettrait un terme au système oligarchique. »

C’est là que se situe l’importance fondamentale du projet. Alors que la Première et Deuxième Guerre mondiales furent orchestrées par l’oligarchie britannique afin de détruire la Russie et l’Europe (plusieurs documents ont été publiés sur ce sujet par Executive Intelligence Review), aujourd’hui, ces mêmes réseaux personnifiés par des groupes tels British Aerospace (BAE) et leur laquais, le Vice-Président des États-Unis, Dick Cheney, se mobilisent afin de créer une guerre généralisée dans toute l’Eurasie.

Nous nous trouvons dans la dernière étape d’une bataille prométhéenne pour la pensée humaine, une bataille pour le développement eurasiatique et pour un nouveau système financier international, libéré de tout contrôle oligarchique. Les citoyens de ce monde auront-ils l’occasion de participer au progrès scientifique et technologique, de se développer et de contribuer positivement à l’avancement de la civilisation? C’est ce genres de questions politiques qui conduisent des hommes comme Lyndon LaRouche à découvrir de nouveaux principes physiques en science et en économie, pour ensuite mobiliser la population afin que celle-ci puisse appliquer ces découvertes dans la société; c’est ce genre de questions qui conduisit Keefer et ses collaborateurs à mobiliser le Canada autour d’une idée d’un  futur potentiel pour ce qui n’était encore qu’un regroupement de colonies britanniques appauvries, attachées à une incroyable région sauvage de neuf millions de kilomètres carrés. Pour Keefer, comme pour LaRouche, le plus grand cadeau que l’on puisse faire à un être humain, c’est de lui donner accès à sa propre immortalité, ce que la mondialisation tente d’empêcher pour la vaste majorité de l’espèce humaine. Dans ce même discours de 1853, Keefer termine sur le concept de l’immortalité, et s’inspire de « la poursuite du bonheur » de la déclaration d’Indépendance des États-Unis :

« J’ose croire qu’en tant qu’ouvriers nous pouvons prendre quelques instants afin de considérer les tendances, les perspectives et l’utilité des grandes entreprises, qui caractérisent une époque, et dont nous sommes plus ou moins les agents, que ce sentiment d’être utile dans cette période et la volonté de cette génération, permettra d’accomplir avec un degré toujours moindre d’inquiétude les maintes heures de travail, que lorsque vous maniez rapidement le marteau ou la lourde masse, certains d’entre vous rêveront qu’ils enfoncent des clous dans le tombeau des préjugés, de l’ignorance, de la superstition et des animosités nationales, qu’alors que vous vous affairez à ajuster les tourillons ou à guider l’acier infaillible au-dessus des 500 pièces d’un moteur de locomotive, l’imagination vous percevra coupant de manière profonde, directe et sûre les obstacles qui ont longuement séparé un district, une famille, un peuple, d’un autre, que vous pouvez vous exalter en pensant à ces énormes conducteurs en train d’éteindre les dernières cendres de la discorde, – que ces roues rapides qui gravitent, en annihilant le temps et l’espace et en réunissant les membres dispersés d’une heureuse famille, aplanira le rude chemin, remplira le golfe qui les divise, passera à travers la dorsale, passera par-dessus les hauts et les bas d’une aventure en dents de scie à travers la vie, et accélérera l’infatigable voyageur sur sa réjouissante route. »

C’est ce joyeux élan prométhéen qui fit du Canada l’une des nations les plus prospères au monde, et non la tradition impériale britannique. L’existence même du Canada est un pied de nez à l’empire britannique. Notre nation a toujours réussi à accomplir de grandes choses, et cela malgré les restrictions émanant des dogmes philosophiques anglais, tels ceux que l’on retrouve dans la Richesse des Nations ou la Théorie des sentiments moraux d’Adam Smith, dans lequel Smith soutient que les humains n’arrivent pas à penser au-delà des leurs appétits sensuels, agissent seulement selon leurs intérêts personnels immédiats, et que les idéaux tels le bien commun «sont l’affaire de dieu, et pas des hommes. »

Bien au contraire, l’inspiration pour les grands gestes du Canada vint non pas de l’Angleterre, mais de la république américaine et de la tradition républicaine dont les fondements se trouvent dans les débuts de la Grèce Antique. Prométhée, celui qui nous apporta le feu, qui ennoblit l’homme, représente la seule véritable identité pour tout bâtisseur de nations canadien d’envergure historique.

C’est ce même genre d’élan qui réveille en nous aujourd’hui le projet du tunnel sous le détroit de Béring. Des peuples entiers attendent la puissance éblouissante de l’énergie nucléaire, le son du maglev, et la vue de champs abondants, chargés d’une récolte bien approvisionnée en eau, là où se trouvait autrefois un désert. Le Canada a un rôle important à jouer dans cette nouvelle ère, s’il en décide ainsi. La mission et le but du Canada ne se limitent pas aux frontières de notre territoire, mais s’étendent aux profondeurs de l’océan Arctique, à travers et au-dessous des Steppes sibériennes, ainsi que dans le désert de l’Asie et de l’Afrique.

Tout cela commence au détroit de Béring.

Comme le fit Keefer à l’époque, aujourd’hui le Mouvement Jeunesse de Lyndon LaRouche au Canada soumet ce traité à tous les manufacturiers, fermiers, commerçants nés ici ou récemment arrivés, tous ceux qui voudraient voir grandir une nation digne grâce à son dévouement pour le bénéfice des autres, et demandent : Canadiens et Canadiennes, construirons-nous le tunnel du détroit de Béring?